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Et moi je marche

Le corps droit je marche, tête haute je marche
Le corps droit je marche, tête haute je marche
dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil

Mon cœur est une lune rouge, mon cœur est un jardin
il y a des lyciums et du basilic

Mes lèvres sont un ciel qui pleut
un feu parfois et de l’amour des fois

Dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil
et moi je marche et moi je marche et moi je marche et moi et moi et moi je marche

Le corps droit je marche, tête haute je marche
Le corps droit je marche, tête haute je marche

Dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil
et moi je marche et moi je marche et moi je marche et moi et moi et moi je marche

Samih al-Qassim

samih-1

Le poème, chanté par Marcel Khalife


A propos de Samih al-Qassim
D’autres poèmes de Sahim al-Qassim, publiés sur ce site

Wala

Il est 3 heures du matin
Dans la cage aux bestiaux

La file est longue
Et dense
De corps

Tu attends

Un sandwich au jibney (1)
Et au concombre
Dans un sac en plastique
Serré dans ta main calleuse d’ouvrier

Ta femme a préparé
Ton petit déjeuner et ton repas de midi
Elle était debout avant toi
Et ensemble vous avez dit
La salat d’avant l’aube (2)

Elle a embrassé ton visage et dit
Allah ma’ak ya habibi
Allah soit avec toi, mon amour

Tu embrasses les visages de tes petits qui dorment
Depuis des mois tu ne les as plus vus éveillés
Et tu te demandes
La voix de Walid a-t-elle déjà commencé à muer ?
Les hanches de Wijdad ont-elles commencé à s’élargir ?
Comment était le sourire de Suraya quand elle est rentrée à la maison avec son bulletin ?

Il est 4 heures du matin
Dans la cage aux bestiaux

Et toujours, tu attends
La file devant toi est si longue
Et maintenant, derrière toi, elle s’est encore allongée

Il y en a peu qui parlent
Vous êtes tellement serrés bon sang
Que vous vous maintenez debout les uns les autres

Tu vois ta propre fatigue
Reflétée dans la lassitude affleurant sur
Les visages tout autour de toi

Tu tournes la tête
Tu meurs d’envie de fumer
Mais qui diable peut se le permettre ?

Tu fixes les graffiti derrière les
Barreaux de fer qui t’enferment
Ils ont été écrits juste pour toi
Ecrits
Par des colons sionistes aspirant le souffle de tes poumons

Tu comprends le sens
De leurs mots anglais
« Crevez nègres des sables ! »

Parfois
Tu meurs d’envie de ça, aussi.

Il est 5 heures du matin
Dans la cage aux bestiaux

Les soldats arrivent
La file se desserre
Tu fais un pas en avant
Poussé par le poids des corps
Derrière toi

Ton sandwich au jibney
Et au concombre
Dans un sac de plastique
Est écrasé.
Il ne survit jamais.

Il est 7 heures du matin
Dans la cage aux bestiaux

Maintenant c’est ton tour
Tu sors tes papiers
Les déplie et les replie
Les yeux en berne
Le cœur en berne
Les chaussures en berne de tant de guigne

Mais
Tu es sorti de la file
Quinze hommes devant toi ont été mis sur le côté
Et tu a essayé de ne pas regarder
De ne pas entendre celui qui suppliait
Ne me frappez pas

Il est 7 h 30 du matin
Dans le bus aux bestiaux

Tu roules
Le pays qu’ils t’ont volé
Germe au-delà de ta vitre
Et tu imagines
L’homme que tu aurais été
L’homme que tu aurais dû être
Là juste dehors
À chevaucher le coursier de la famille
Les juments pur-sang que ton grand-père
Élevait et nourrissait et aimait
Dans une Palestine
Inviolée
Non volée

Il est 8 heures du matin
Tu descends du bus aux bestiaux

Ton sandwich écrasé au jibney
Et au concombre
Dans un sac en plastique
Dans une main

Les yeux en berne
Le cœur en berne
Tu déposes ta boîte à outils sur le sol pour frapper
À la porte de derrière du colon sioniste
Là où on va aider

Mais

Le contremaître du colon sioniste gueule
Wala
Mish hon el yom !

Pas aujourd’hui
Garçon !

Et tout ce que tu peux faire c’est remercier Allah que ta
Femme et tes petits ne soient pas
Là pour les entendre t’appeler
Wala


My Voice Sought the Wind – Ma voix cherchait le vent
Just World Books, Charlottesville, Virginia)
Traduction : JM Flémal

Notes

(1) Jibney. Fromage à pâte molle.
(2) Salat. Une des cinq prières de la journée.

Carte d’identité

Inscris
je suis arabe
le numéro de ma cartes est cinquante mille
j’ai huit enfants
et le neuvième viendra… après l’été
Te mettras-tu en colère

Inscris
je suis arabe
je travaille avec mes camarades de peine
dans une carrière
j’ai huit enfants
pour eux j’arrache du roc
la galette de pain
les habits et les cahiers
Et je ne viens pas mendier à ta porte
je ne me rabaisse pas
devant les dalles de ton seuil
Te mettras-tu en colère ?

Inscris
je suis arabe
mon prénom est commun
je suis patient dans un pays
bouillonnant de colère
Mes racines…
fixées avant la naissance du temps
avant l’éclosion des siècles
avant les cyprès et les oliviers
avant la croissance végétale
Mon père…
de la famille de l’araire
et non des seigneurs de Noujoub
Mon grand-père, un paysan
sans arbre généalogique
Il m’a appris les mouvements du soleil
avant la lecture
Ma maison
une hutte de gardien
faite de roseaux et branchages
Es-tu satisfait de ma condition ?
Mon nom est commun

Inscris
je suis arabe
cheveux… noirs
yeux… marron
signes distinctifs
sur la tête une keffiah tenue par une cordelette
Ma paume, rugueuse comme le roc
écorche la main qu’elle empoigne
Mon adresse :
je suis d’un village perdu, sans défense
et tous ses hommes sont au champ et à la carrière…
Te mettras-tu en colère ?

Inscris
je suis arabe
Tu m’as spolié des vignes de mes ancêtres
et de la terre que je cultivais
avec tous mes enfants
et tu ne nous as laissé
ainsi qu’à notre descendance
que ces cailloux
Votre gouvernement les prendra-t-il aussi
comme on le dit ?

Alors
inscris
en tête de la première page
Moi je ne hais pas mes semblables
et je n’agresse personne
Mais… si jamais on m’affame
je mange la chair de mon spoliateur
Prends garde… prends garde
à ma faim
et à ma colère !


Source : La poésie palestinienne contemporaine. Abdellatif Laâbi. Le Temps des Cerisiers. 2002.

Regardez la vidéo envoyée par ZEP, Zone d’Expression Populaire, sur Dailymotion :

 


Mahmoud Darwich « sajel ana 3arabi » par zep_zep

Sur cette terre

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : l’hésitation d’avril,  l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Echyle, le commencement de l’amour, l’herbe sur une pierre, des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspire le souvenir aux conquérants.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : la fin de septembre, une femme qui sort de la quarantaine, mûre de tous ses abricots, l’heure de soleil en prison, des nuages qui imitent une volée de créatures, les acclamations d’un peuple pour ceux qui montent, souriants, vers leur mort et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : sur cette terre, se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues. On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine. Ma Dame, je mérite la vie, car tu es ma Dame.

Mahmoud Darwich   1986


« La terre nous est étroite ». Traduction : Elias Sanbar

Mahmoud Darwich récite le poème accompagné par le Trio Joubran

Ounadikom (Je vous appelle)

Je vous dédis la lumière de mes yeux
Et je vous donne la chaleur de mon cœur
Et la tragédie que je vis est que mon sort est le même que le vôtre
Je ne suis pas devenu indigne dans mon pays
Pas plus que je n’ai reculé de peur
Je suis resté en face de mes oppresseurs
Un orphelin nu, aux pieds nus
Je porte mon sang dans mes paumes prêt à le répandre
je n’ai jamais mis mon drapeau en berne
Et j’ai préservé l’herbe verte sur les tombes de mes ancêtres.

Tawfiq Zayyad

« Ounadikom », poème et chant, demeure depuis la première Intifadah un hymne à la résistance.

Un groupe hip-hop de Gaza-ville, DARG Team, a fait sur base de ce poème un beau vidéo-clip en hommage à Vittorio Arrigoni.

 

DARG Team a été créé à la fin de 2007 après le regroupement de deux groupes, DA.Mcz et RG. Il est constitué de : Fadi M. Bakheet (directeur artistique) ; Sami Srour, Bassam El Massri et Mohammed El-Massri, chanteurs/compositeurs ; Maroof Abu Abdo (producteur) ; Ahmed Badran (musicien, tablah) ; Adam Qudwa (cameraman).
« Da Arabian Revolutionary Guys » a enregistré plus de 25 singles, distribués en et hors Palestine. Il a participé à de nombreux shows dans la Bande de Gaza. Son premier album, « Outlandish », est sorti en 2008. C’est lui qui a enregistré la bande sonore du film « Aisheen », réalisé en février 2009 par Nicolas Wadimoff, sur l’impact de l’attaque israélienne sur Gaza fin décembre 2008 / janvier 2009.
En 2010, il a fait une tournée de six mois en Europe (Suisse, France, Danemark, Norvège et Suède) après neuf mois de tentatives avortées pour sortir de Gaza. L’été dernier, il a joué en Syrie et dans le camp de réfugiés d’Alep, à Al-Nerab.

 

Jaffa

Je me souviens d’un jour où j’étais à Jaffa,

Raconte-nous, raconte-nous Jaffa

Ma voile était au port de Jaffa,
Ô jours de pêche à Jaffa
La mer nous a appelé et, au crépuscule, nous avons préparé la rame,
Nous apercevons dans le présent des spectres
Nous sommes retournés à Jaffa par la nostalgie
Nous avons pris la mer à l’aube, couverts de blessures,
Comme une goutte, nous nous sommes perdus
Et la côte a disparu
Est-ce que la pêche a été bonne ?
Nous avons rempli nos cale »s
Jouant avec l’eau du matin au soir, mais la nuit…
Mais la nuit ?
La nuit, le vent a soufflé,
Ô tempête folle, toi qui a relié l’eau et le ciel,
La mer en furie, la nuit, est comme des troupeaux de loups de mers
Nous avons baissé les voiles et pris les rames en main,
La mort nous entourait mais nous avons résisté aux vagues furieuses
et nous avons dressé la mer houleuse,
Les mains serrées, la chaloupe tenait toujours,
Ce jour-là, ils ont dit que nous étions perdus, que nous étions morts
dans l’éternité froide,
Mais nous sommes revenus au matin tel retournerait le géant,
Et nous sommes rentrés au port de Jaffa.
Qu’il est beau le retour à Jaffa
Nous avons rempli le rivage de coquillages,
Ô beaux jours de Jaffa
Au vent soufflant et hurlant, nous avons répondu
Nous retourneront à Jaffa,
Et aujourd’hui, au vent violent et hurlant
Nous retournerons à Jaffa…
Nous retournerons à Jaffa…

 

« La musique des frères Rahbani, Mansour (1925-2009) et Assi (1923-1986), fut pour des générations de Libanais, l’alliance immédiate de l’art, de la joie et de l’aurore. Portée par la voix de Fairouz, qui la résumait et l’accompagnait, à des hauteurs inégalées de pureté et de transparence, elle pouvait unir, sur un mode accessible à tous, la modernité et une tradition villageoise issue tout droit de la montagne libanaise. Assi et Mansour étaient aussi des poètes subtils qui surent s’entourer des plus grands (Saïd Akl, Georges Schehadé, Michel Trad…) et approfondir les leçons des plus authentiques parmi les anciens. Leurs opérettes où ne manque jamais un humour frondeur, comme pour contrebalancer les idéaux inaccessibles, furent et restent de grandes tentatives d’art total : tout y portait la marque de l’excellence, des danses folkloriques et de la scénographie aux costumes, en passant par l’essentiel, la poésie et la musique.

Grâce aux frères Rahbani, chaque Libanais se sent plus libanais, chaque Palestinien plus palestinien, chaque Syrien plus syrien,… et tout arabe plus élevé dans son être même. »


Farès Sassine, professeur de philosophie à l’université libanaise, membre du comité de rédaction de l’Orient littéraire, éditeur à Dar An Nahar