Archives de catégorie : Samih al-Qassim

Dans la salle des interrogatoires

– Ton nom ?
– Lequel veux-tule premier, le troisième, ou celui qui figure
sur mon nouveau passeport ?
– Ton âge ?
– Deux morts printanières
une nuit me cachant une autre
ou bien le jour
– Ta première profession ?
– Jeune chanteur, sel
tombant sur une blessure
– Ta profession actuelle ?
– Tué en colère, astrologue tué
feu épuisé du chanteur
charmant assassin
– Ton passe-temps ?
–  Mourir entre rire et larmes
– Ta dernière volonté ?
– Que vous sachiez mon nom intégral
unique et sans équivoque
peut-être aussi
que vous me rendiez ma liberté

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Samih al-Qassem

Source :  Je t’aime au degré de la mort – Editions de Minuit – Unesco 1988
Traduction : Abdellatif Laâbi

A propos de Samih al-Qassem

D’autres poèmes de Samih al-Qassem, publiés sur ce site

 

Et moi je marche

Le corps droit je marche, tête haute je marche
Le corps droit je marche, tête haute je marche
dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil

Mon cœur est une lune rouge, mon cœur est un jardin
il y a des lyciums et du basilic

Mes lèvres sont un ciel qui pleut
un feu parfois et de l’amour des fois

Dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil
et moi je marche et moi je marche et moi je marche et moi et moi et moi je marche

Le corps droit je marche, tête haute je marche
Le corps droit je marche, tête haute je marche

Dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil
et moi je marche et moi je marche et moi je marche et moi et moi et moi je marche

Samih al-Qassim

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Le poème, chanté par Marcel Khalife


A propos de Samih al-Qassim
D’autres poèmes de Sahim al-Qassim, publiés sur ce site

Je résisterai

Je perdrai peut-être – si tu le désires – ma subsistance
Je vendrai peut-être mes habits et mon matelas
Je travaillerai peut-être à la carrière comme porte faix, balayeur des rues
Je chercherai peut-être dans le crottin des grains
Je resterai peut-être nu et affamé
Mais je ne marchanderai pas
O ennemi du soleil
Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines
Je résisterai.

Je résisterai

Tu me dépouilleras peut-être du dernier pouce de ma terre
Tu jetteras peut-être ma jeunesse en prison
Tu pilleras peut-être l’héritage de mes ancêtres
Tu brûleras peut-être mes poèmes et mes livres
Tu jetteras peut-être mon corps aux chiens
Tu dresseras peut-être sur notre village l’épouvantail de la terreur
Mais je ne marchanderai pas
O ennemi du soleil
Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines
Je résisterai.

Tu éteindras peut-être toute lumière dans ma vie
Tu me priveras peut-être de la tendresse de ma mère
Tu falsifieras peut-être mon histoire
Tu mettras peut-être des masques pour tromper mes amis
Tu élèveras peut-être autour de moi des murs et des murs
Tu me crucifieras peut-être un jour devant des spectacles indignes
O ennemi du soleil
Je jure que je ne marchanderai pas
Et jusqu’à la dernière pulsation de mes veines
Je résisterai.

Je résisterai

Samih al-Qassim


Source : Mémoires palestiniennes. La terre dans la tête. Anwar Abu Eishe. Clancier-Guénaud.

A propos de Samih al-Qassim
D’autres poèmes de Sahim al-Qassim, publiés sur ce site

Samih al-Qassim, poète palestinien

 

Né en 1939 dans une famille druze de Galilée, al-Qassim est resté en Palestine après la création en 1948 de l’Etat d’Israël. Il a grandi sous le pouvoir militaire imposé aux communautés palestiniennes à l’intérieur d’Israël jusqu’à la fin des années ’60.

Il est allé à l’école de Nazareth et a participé à l’épanouissement de la « litérature de résistance » palestinienne qui a également engendré des auteurs comme Mahmoud Darwich, Tawfiq Zayyad et, plus tard, Taha Muhammed Ali.

Al-Qasim était une voix puissante contre l’oppression israélienne. Il fut l’un des premiers membres de la communauté druze de refuser de servir dan l’armée israélienne et, tout au long de son existence, il dut subir des périodes de résidence surveillée, d’emprisonnement, de harcèlement par la police secrète du Shin Beth et par la censure.

Toutefois, al-Qassim fut avant tout actif en tant qu’écrivain et fit en sorte que la voix des Palestiniens à l’intérieur même d’Israël fût entendue. Parmi ses publications majeures figurent al-Jadid et al-Ittihad, et il dirigea les éditions Arabesques à Haifa.

Il a publié quarante recueils de poésie, des nouvelles, du théâtre et des essais. Ses œuvres complètes, rééditées en sept volumes ont été publiées par trois maisons d’édition arabes à Jérusalem, Beyrouth et le Caire.

Sa poésie a été traduite notamment en anglais, français, turc, russe, allemand, espagnol, grec, italien, tchèque, vietnamien, persan, hébreux. Il a obtenu le prix de poésie « Gar » en France, pour son anthologie « Je t’aime au gré de la mort », traduite en français par le poète et écrivain marocain Abdellatif Laabi.

Il a été décoré de la médaille de Jérusalem par Yasser Arafat.

Samih al-Qassim est mort d’un cancer le 20 août 2014, à l’âge de 75 ans.