Archives de catégorie : Poètes belges pour la Palestine

Le-teher et le-hashmid (*)

C’est le grand nettoyage
Vous lavez
Vous récurez
Vous épurez
Vous frottez et frottez
Chaîne et trame détissées
Tissu déchiré

Le linge n’était pas sale
Il ne vous appartenait pas
Il n’avait pas vos couleurs
Vous l’avez javellisé
Vous l’avez stérilisé
Vous avez renoué ses fibres
Lui avez donné une autre vie
La vôtre

Michèle Hicorne


(*) Le-ther : nettoyer : ce sont les directives données aux brigades juives pour expulser les habitants en laissant les maisons intactes

Le-hashmid : détruire : ordre de dynamitage et de pose de mines

Michele Hicorne est licenciée en philophie et lettres. Elle est bénévole dans un centre pour réfugiés et membre de l’association belgo-palestinienne. Ces textes ont été écrits  après une mission civile en Palestine, en novembre 2009.

Le recueil est publié par L’Harmattan en 2010.

Et la plage de Tantoura ment

Sur la plage de Tantoura (*)
Le sable blanc
Les ruines
Les fleurs jaunes et bleues
Des rêves
La douceur de vivre
La liberté

Mais la plage ment
Sous son sable blanc
Le sang
Soigneusement enfoui
Coagulé dans les profondeurs de l’oubli
Dans ses ruines
Les cris des femmes et des enfants
Muselés par la violence
Eteints par l’ignorance
Par ses fleurs jauenes et bleues
Dissimulés
Tous ceux qui sont morts
Exécutés dans la barbarie
Enterrés par des bulldozers

Sur la plage de Tantoura
Des fantômes attendent
Ils nous appellent
On ne les entend pas
On ne les voit pas
Pourtant
Depuis 60 ans
Ils sont là
Ils regardent vers la mer
Ils attendent
Ceux qui sont partis
Ceux qui devraient vivre ici
Des enfants qu’ils ne connaissent pas
Des fantômes de chair et de sang

Sur la plage de Tantoura
Des fantômes attendent
Ils nous appellent
On ne les entend pas
On ne les voit pas
Ils crient
Leur désir de justice
Leur besoin de faire savoir
La Vérité

Et la plage de Tantoura ment


(*)Tantoura : un des plus gros villages de la côte méditerrannéenne, entre Tel-Aviv et Haïfa, conquis par la Haganah, le 21 mai 1948; les massacres ont été d’une grande violence et perpétrés sur la plage, dans le cimetière et la mosquée et les fosses creusées au bulldozer

Michele Hicorne est licenciée en philophie et lettres. Elle est bénévole dans un centre pour réfugiés et membre de l’association belgo-palestinienne.  « Des mots pour la Palestine » a été écrit  après une mission civile en Palestine, en novembre 2009.

Le recueil est publié par L’Harmattan en 2010.

 

Après Auschwitz 2

Auschwitz aussi était d’une normalité mortelle, bien sûr.
Ceux qui ont survécu sont venus dans ce village,
un peu méprisés, mais utilisables,
et ils ont reçu un monument pour extraire

de l’histoire le transport vers les camps
et en faire la pierre à aiguiser d’un peuple.
Ce fut la pire atrocité de tous les temps, bien sûr,
mais, de la sorte, exclusivement, la propriété

de la souffrance fut muée en propriété du sol.
Qui habitait dans cette rue, dans cette maison ?
Qui puisait de l’eau à cette source ?
Qui sur ce marché déballait sa marchandise ?

Qui doute qu’Auschwitz ait vraiment existé ?


Un des neuf poèmes écrit par Charles Ducal après l’offensive militaire israélienne contre Gaza en 2009. Traduction : Jean-Marie Flémal.

Source : « Gaza. Geschiedenis van de Palestijnse tragedie. » Lucas Catherine & Charles Ducal. (Editions EPO, 2009)

Charles Ducal est un poète flamand. Il a  écrit plusieurs recueils de poèmes, dont  « In inkt gewassen » qui a été couronné par le prix Herman de Coninck en 2007. Co-auteur du livre « Rendez-vous à Bagdad », publié chez EPO en 1994

Après Auschwitz 1

Quand j’ai appris que la maison où j’habitais
avait été volée, j’ai demandé aux autorités qui
en était le propriétaire. On m’a dit : tu as la tête pleine de cendre,
tu es faible encore, tu n’as pas idée de la lutte.

Quand j’ai appris que le propriétaire était en vie
et qu’il avait la clef dans sa veste, j’ai renvoyé
le serrurier. Il est allé trouver les autorités.
Ensuite, on a adapté la serrure.

Parfois, les jours où tout le monde priait et commémorait,
les compagnons d’infortune s’agitaient en mon esprit.
Sous la cendre couvait, faible encore, une intuition.
Mais le propriétaire n’est pas venu. Lentement, il a disparu.


Un des neuf poèmes écrit par Charles Ducal après l’offensive militaire israélienne contre Gaza en 2009. Traduction : Jean-Marie Flémal.

Source : « Gaza. Geschiedenis van de Palestijnse tragedie. » Lucas Catherine & Charles Ducal. (Editions EPO, 2009)

Charles Ducal est un poète flamand. Il a  écrit plusieurs recueils de poèmes, dont  « In inkt gewassen » qui a été couronné par le prix Herman de Coninck en 2007. Co-auteur du livre « Rendez-vous à Bagdad », publié chez EPO en 1994

 

 

Paire de lunettes

Ici aussi, la vérité est au milieu.
Comme toujours. Oui, comme toujours.
Autant de tort exactement pour celui qui attaque
que pour celui qui se défend. Celui qui

franchit la frontière voit parfois une différence
et pense : un peu moins, quand même, mais il voit alors
quelqu’un balancer une pierre de l’autre côté
et, là aussi, un enfant pleure.

Loin de la vérité gisent les lunettes
d’un visage martelé et mis en pièces.
Ce qu’elles voyaient s’est comme anéanti
en un trou, une page blanche, un chaînon manquant.

Loin de la vérité ne coule pas d’encre.


Un des neuf poèmes écrit par Charles Ducal après l’offensive militaire israélienne contre Gaza en 2009. Traduction : Jean-Marie Flémal.

Source : « Gaza. Geschiedenis van de Palestijnse tragedie. » Lucas Catherine & Charles Ducal. (Editions EPO, 2009)

Charles Ducal est un poète flamand. Il a  écrit plusieurs recueils de poèmes, dont  « In inkt gewassen » qui a été couronné par le prix Herman de Coninck en 2007. Co-auteur du livre « Rendez-vous à Bagdad », publié chez EPO en 1994

 

 

Un poète à Sderot* ?

La poésie n’est pas coupable des mots
que l’on tend comme des barbelés.
Ces mots servent la sécurité, le contrôle.
Ils s’ajustent au signifié issu

de la frontière née entre nous
et l’extérieur. Une bête se faufile
en notre sommeil comme un mulot en nos jardins,
en quête de mots qui n’existent plus.

Abu Shusha, Najd, Balad al-Shaykh,
Lubya, Kirbat Al-Shuna, Wa’rat al-Sarris.

Il ne peut alors être maîtrisé dans cette langue
où il est enfermé comme un danger
qu’il faut exhaler par tous ses pores.

La poésie est là tout près, poussant un peu le trait
et traduisant à nouveau l’animal en homme.


Un des neuf poèmes écrit par Charles Ducal après l’offensive militaire israélienne contre Gaza en 2009. Traduction : Jean-Marie Flémal.

Source : « Gaza. Geschiedenis van de Palestijnse tragedie. » Lucas Catherine & Charles Ducal. (Editions EPO, 2009)

Charles Ducal est un poète flamand. Il a  écrit plusieurs recueils de poèmes, dont  « In inkt gewassen » qui a été couronné par le prix Herman de Coninck en 2007. Co-auteur du livre « Rendez-vous à Bagdad », publié chez EPO en 1994

* Autrefois, Najd

Nakba

En une quelconque année
dans un village quelconque
apparaît, une nuit, la violence.

Elle vient de la main de Dieu lui-même,
elle pulvérise et chasse.
Une promesse qui s’accomplit.

On pose des mines dans les décombres…
pour ne pas que, là, les chiens…
Puis l’action de grâce.

Et, ainsi, quatre cents fois.

Puis vient la vérité
et elle vient se poser juste là
entre le village et le campement.

Elle se tient là à la bonne distance,
pas un réfugié ne va plus loin.

Dans la nouvelle école,
on chante et on danse.

Sous les regards fiers des papas,
le fusil à la main.


Un des neuf poèmes écrit par Charles Ducal après l’offensive militaire israélienne contre Gaza en 2009. Traduction : Jean-Marie Flémal.

Source : « Gaza. Geschiedenis van de Palestijnse tragedie. » Lucas Catherine & Charles Ducal. (Editions EPO, 2009)

Charles Ducal est un poète flamand. Il a  écrit plusieurs recueils de poèmes, dont  « In inkt gewassen » qui a été couronné par le prix Herman de Coninck en 2007. Co-auteur du livre « Rendez-vous à Bagdad », publié chez EPO en 1994

 

Tel-Aviv 1948 – 2008

L’ ablation de la mémoire
se fait avec un couteau de fête.
Ensuite, pansée de proverbes,
la tête est placée sur la table,

odeur doucereuse dans un bourdonnement
de tchatche et de questions embarrassantes.
La tête n’a pas de réponse, elle dit
ce qui est juste, vu les histoires

ensevelies sous vingt siècles.
Il ne s’agit que de les déterrer,
leur vitalité colle exactement à l’endroit.
Ce qui s’y trouvait a été karcherisé

hors de la langue, qui est propre et nette.
A-t-on un jour chassé des gens,
ici, où le bonheur tombe du ciel ?
C’est l’heure, maintenant, l’heure de la fête.

Les moustiques bourdonnent, mais

qu’importe.


Un des neuf poèmes écrit par Charles Ducal après l’offensive militaire israélienne contre Gaza en 2009. Traduction : Jean-Marie Flémal.

Source : « Gaza. Geschiedenis van de Palestijnse tragedie. » Lucas Catherine & Charles Ducal. (Editions EPO, 2009)

Charles Ducal est un poète flamand. Il a  écrit plusieurs recueils de poèmes, dont  « In inkt gewassen » qui a été couronné par le prix Herman de Coninck en 2007. Co-auteur du livre « Rendez-vous à Bagdad », publié chez EPO en 1994