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Jaffa

Je me souviens d’un jour où j’étais à Jaffa,

Raconte-nous, raconte-nous Jaffa

Ma voile était au port de Jaffa,
Ô jours de pêche à Jaffa
La mer nous a appelé et, au crépuscule, nous avons préparé la rame,
Nous apercevons dans le présent des spectres
Nous sommes retournés à Jaffa par la nostalgie
Nous avons pris la mer à l’aube, couverts de blessures,
Comme une goutte, nous nous sommes perdus
Et la côte a disparu
Est-ce que la pêche a été bonne ?
Nous avons rempli nos cale »s
Jouant avec l’eau du matin au soir, mais la nuit…
Mais la nuit ?
La nuit, le vent a soufflé,
Ô tempête folle, toi qui a relié l’eau et le ciel,
La mer en furie, la nuit, est comme des troupeaux de loups de mers
Nous avons baissé les voiles et pris les rames en main,
La mort nous entourait mais nous avons résisté aux vagues furieuses
et nous avons dressé la mer houleuse,
Les mains serrées, la chaloupe tenait toujours,
Ce jour-là, ils ont dit que nous étions perdus, que nous étions morts
dans l’éternité froide,
Mais nous sommes revenus au matin tel retournerait le géant,
Et nous sommes rentrés au port de Jaffa.
Qu’il est beau le retour à Jaffa
Nous avons rempli le rivage de coquillages,
Ô beaux jours de Jaffa
Au vent soufflant et hurlant, nous avons répondu
Nous retourneront à Jaffa,
Et aujourd’hui, au vent violent et hurlant
Nous retournerons à Jaffa…
Nous retournerons à Jaffa…

 

« La musique des frères Rahbani, Mansour (1925-2009) et Assi (1923-1986), fut pour des générations de Libanais, l’alliance immédiate de l’art, de la joie et de l’aurore. Portée par la voix de Fairouz, qui la résumait et l’accompagnait, à des hauteurs inégalées de pureté et de transparence, elle pouvait unir, sur un mode accessible à tous, la modernité et une tradition villageoise issue tout droit de la montagne libanaise. Assi et Mansour étaient aussi des poètes subtils qui surent s’entourer des plus grands (Saïd Akl, Georges Schehadé, Michel Trad…) et approfondir les leçons des plus authentiques parmi les anciens. Leurs opérettes où ne manque jamais un humour frondeur, comme pour contrebalancer les idéaux inaccessibles, furent et restent de grandes tentatives d’art total : tout y portait la marque de l’excellence, des danses folkloriques et de la scénographie aux costumes, en passant par l’essentiel, la poésie et la musique.

Grâce aux frères Rahbani, chaque Libanais se sent plus libanais, chaque Palestinien plus palestinien, chaque Syrien plus syrien,… et tout arabe plus élevé dans son être même. »


Farès Sassine, professeur de philosophie à l’université libanaise, membre du comité de rédaction de l’Orient littéraire, éditeur à Dar An Nahar