Archives de catégorie : Musique

Et moi je marche

Le corps droit je marche, tête haute je marche
Le corps droit je marche, tête haute je marche
dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil

Mon cœur est une lune rouge, mon cœur est un jardin
il y a des lyciums et du basilic

Mes lèvres sont un ciel qui pleut
un feu parfois et de l’amour des fois

Dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil
et moi je marche et moi je marche et moi je marche et moi et moi et moi je marche

Le corps droit je marche, tête haute je marche
Le corps droit je marche, tête haute je marche

Dans ma main un rameau d’olivier et sur mon épaule mon cercueil
et moi je marche et moi je marche et moi je marche et moi et moi et moi je marche

Samih al-Qassim

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Le poème, chanté par Marcel Khalife


A propos de Samih al-Qassim
D’autres poèmes de Sahim al-Qassim, publiés sur ce site

Sur cette terre

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : l’hésitation d’avril,  l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Echyle, le commencement de l’amour, l’herbe sur une pierre, des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspire le souvenir aux conquérants.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : la fin de septembre, une femme qui sort de la quarantaine, mûre de tous ses abricots, l’heure de soleil en prison, des nuages qui imitent une volée de créatures, les acclamations d’un peuple pour ceux qui montent, souriants, vers leur mort et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : sur cette terre, se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues. On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine. Ma Dame, je mérite la vie, car tu es ma Dame.

Mahmoud Darwich   1986


« La terre nous est étroite ». Traduction : Elias Sanbar

Mahmoud Darwich récite le poème accompagné par le Trio Joubran

Ounadikom (Je vous appelle)

Je vous dédis la lumière de mes yeux
Et je vous donne la chaleur de mon cœur
Et la tragédie que je vis est que mon sort est le même que le vôtre
Je ne suis pas devenu indigne dans mon pays
Pas plus que je n’ai reculé de peur
Je suis resté en face de mes oppresseurs
Un orphelin nu, aux pieds nus
Je porte mon sang dans mes paumes prêt à le répandre
je n’ai jamais mis mon drapeau en berne
Et j’ai préservé l’herbe verte sur les tombes de mes ancêtres.

Tawfiq Zayyad

« Ounadikom », poème et chant, demeure depuis la première Intifadah un hymne à la résistance.

Un groupe hip-hop de Gaza-ville, DARG Team, a fait sur base de ce poème un beau vidéo-clip en hommage à Vittorio Arrigoni.

 

DARG Team a été créé à la fin de 2007 après le regroupement de deux groupes, DA.Mcz et RG. Il est constitué de : Fadi M. Bakheet (directeur artistique) ; Sami Srour, Bassam El Massri et Mohammed El-Massri, chanteurs/compositeurs ; Maroof Abu Abdo (producteur) ; Ahmed Badran (musicien, tablah) ; Adam Qudwa (cameraman).
« Da Arabian Revolutionary Guys » a enregistré plus de 25 singles, distribués en et hors Palestine. Il a participé à de nombreux shows dans la Bande de Gaza. Son premier album, « Outlandish », est sorti en 2008. C’est lui qui a enregistré la bande sonore du film « Aisheen », réalisé en février 2009 par Nicolas Wadimoff, sur l’impact de l’attaque israélienne sur Gaza fin décembre 2008 / janvier 2009.
En 2010, il a fait une tournée de six mois en Europe (Suisse, France, Danemark, Norvège et Suède) après neuf mois de tentatives avortées pour sortir de Gaza. L’été dernier, il a joué en Syrie et dans le camp de réfugiés d’Alep, à Al-Nerab.

 

Jaffa

Je me souviens d’un jour où j’étais à Jaffa,

Raconte-nous, raconte-nous Jaffa

Ma voile était au port de Jaffa,
Ô jours de pêche à Jaffa
La mer nous a appelé et, au crépuscule, nous avons préparé la rame,
Nous apercevons dans le présent des spectres
Nous sommes retournés à Jaffa par la nostalgie
Nous avons pris la mer à l’aube, couverts de blessures,
Comme une goutte, nous nous sommes perdus
Et la côte a disparu
Est-ce que la pêche a été bonne ?
Nous avons rempli nos cale »s
Jouant avec l’eau du matin au soir, mais la nuit…
Mais la nuit ?
La nuit, le vent a soufflé,
Ô tempête folle, toi qui a relié l’eau et le ciel,
La mer en furie, la nuit, est comme des troupeaux de loups de mers
Nous avons baissé les voiles et pris les rames en main,
La mort nous entourait mais nous avons résisté aux vagues furieuses
et nous avons dressé la mer houleuse,
Les mains serrées, la chaloupe tenait toujours,
Ce jour-là, ils ont dit que nous étions perdus, que nous étions morts
dans l’éternité froide,
Mais nous sommes revenus au matin tel retournerait le géant,
Et nous sommes rentrés au port de Jaffa.
Qu’il est beau le retour à Jaffa
Nous avons rempli le rivage de coquillages,
Ô beaux jours de Jaffa
Au vent soufflant et hurlant, nous avons répondu
Nous retourneront à Jaffa,
Et aujourd’hui, au vent violent et hurlant
Nous retournerons à Jaffa…
Nous retournerons à Jaffa…

 

« La musique des frères Rahbani, Mansour (1925-2009) et Assi (1923-1986), fut pour des générations de Libanais, l’alliance immédiate de l’art, de la joie et de l’aurore. Portée par la voix de Fairouz, qui la résumait et l’accompagnait, à des hauteurs inégalées de pureté et de transparence, elle pouvait unir, sur un mode accessible à tous, la modernité et une tradition villageoise issue tout droit de la montagne libanaise. Assi et Mansour étaient aussi des poètes subtils qui surent s’entourer des plus grands (Saïd Akl, Georges Schehadé, Michel Trad…) et approfondir les leçons des plus authentiques parmi les anciens. Leurs opérettes où ne manque jamais un humour frondeur, comme pour contrebalancer les idéaux inaccessibles, furent et restent de grandes tentatives d’art total : tout y portait la marque de l’excellence, des danses folkloriques et de la scénographie aux costumes, en passant par l’essentiel, la poésie et la musique.

Grâce aux frères Rahbani, chaque Libanais se sent plus libanais, chaque Palestinien plus palestinien, chaque Syrien plus syrien,… et tout arabe plus élevé dans son être même. »


Farès Sassine, professeur de philosophie à l’université libanaise, membre du comité de rédaction de l’Orient littéraire, éditeur à Dar An Nahar