Archives de catégorie : Poèmes de Mahmoud Darwich

A ma mère

J’ai la nostalgie du pain de ma mère,
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi, Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J’aurais honte des larmes de ma mère !
Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.
Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l’ourlet de ta robe…
Et je serai, peut-être, un dieu,
Peut-être un dieu,
Si j’effleurais ton Cœur !
Si je rentre, enfouis-moi !
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.
Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J’ai vieilli. Ramène les étoiles de l’enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour…
Au nid de ton attente !


Source : Jehat
20 mars 2009 – Palestine Think Tank – traduction : JPP

A propos de Mahmoud Darwich

Carte d’identité

Inscris
je suis arabe
le numéro de ma cartes est cinquante mille
j’ai huit enfants
et le neuvième viendra… après l’été
Te mettras-tu en colère

Inscris
je suis arabe
je travaille avec mes camarades de peine
dans une carrière
j’ai huit enfants
pour eux j’arrache du roc
la galette de pain
les habits et les cahiers
Et je ne viens pas mendier à ta porte
je ne me rabaisse pas
devant les dalles de ton seuil
Te mettras-tu en colère ?

Inscris
je suis arabe
mon prénom est commun
je suis patient dans un pays
bouillonnant de colère
Mes racines…
fixées avant la naissance du temps
avant l’éclosion des siècles
avant les cyprès et les oliviers
avant la croissance végétale
Mon père…
de la famille de l’araire
et non des seigneurs de Noujoub
Mon grand-père, un paysan
sans arbre généalogique
Il m’a appris les mouvements du soleil
avant la lecture
Ma maison
une hutte de gardien
faite de roseaux et branchages
Es-tu satisfait de ma condition ?
Mon nom est commun

Inscris
je suis arabe
cheveux… noirs
yeux… marron
signes distinctifs
sur la tête une keffiah tenue par une cordelette
Ma paume, rugueuse comme le roc
écorche la main qu’elle empoigne
Mon adresse :
je suis d’un village perdu, sans défense
et tous ses hommes sont au champ et à la carrière…
Te mettras-tu en colère ?

Inscris
je suis arabe
Tu m’as spolié des vignes de mes ancêtres
et de la terre que je cultivais
avec tous mes enfants
et tu ne nous as laissé
ainsi qu’à notre descendance
que ces cailloux
Votre gouvernement les prendra-t-il aussi
comme on le dit ?

Alors
inscris
en tête de la première page
Moi je ne hais pas mes semblables
et je n’agresse personne
Mais… si jamais on m’affame
je mange la chair de mon spoliateur
Prends garde… prends garde
à ma faim
et à ma colère !


Source : La poésie palestinienne contemporaine. Abdellatif Laâbi. Le Temps des Cerisiers. 2002.

Regardez la vidéo envoyée par ZEP, Zone d’Expression Populaire, sur Dailymotion :

 


Mahmoud Darwich « sajel ana 3arabi » par zep_zep

Et nous, nous aimons la vie

Et nous, nous aimons la vie autant que possible
Nous dansons entre deux martyrs. Entre eux, nous érigeons pour les violettes un minaret ou des palmiers

Nous aimons la vie autant que possible

Nous volons un fil au ver à soie pour tisser notre ciel et clôturer cet exode
Nous ouvrons la porte du jardin que le jasmin inonde les routes comme une belle journée

Nous aimons la vie autant que possible

Là où nous résidons, nous semons des plantes luxuriantes et nous récoltons des tués
Nous soufflons dans la flûte la couleur du lointain, lointain, et nous dessinons un hennissement sur la poussière du passage
Nous écrivons nos noms pierre par pierre. Ô éclair, éclaire pour nous la nuit, éclaire un peu

Nous aimons la vie autant que possible


Source : La poésie palestinienne contemporaine. Abdellatif Laâbi. Le Temps des Cerises. 2002.

Un jour viendra

Un autre jour viendra, féminin,
à la métaphore transparente, accompli,
adamantin, nuptial, ensoleillé,
fluide, sympathique. Personne n’aura
une envie de suicide ou de migration,
et tout, hors du passé, sera naturel, vrai,
conforme à ses attributs premiers.
Comme si le temps
dormait en vacances…
« Prolonge le beau temps de ta parure.
Ensoleille-toi à l’astre de tes seins de soie
et attends la bonne nouvelle. Ensuite,
nous grandirons. Nous avons du temps
pour grandir après ce jour… »
Un autre jour viendra, féminin,
au signe chantant, au salut
et au verbe azuréens.
Tout est féminin hors du passé.
L’eau coule des mamelles de la pierre.
Pas de poussière, pas de sécheresse,
pas de perte,
et les colombes font la sieste dans un char
abandonné, quand elles ne trouvent pas
un petit nid
dans le lit des amants…


Source : « Ne t’excuse pas ». Actes Sud, 2006

Je suis de là-bas

Je suis de là-bas,
J’ai des souvenirs.
Je suis né comme naissent les gens.
J’ai une mère et une maison pleine de fenêtres.
J’ai des frères, des amis et une prison avec une fenêtre frisquette.
J’ai une vague que les mouettes ont dérobée.
J ’ai mon paysage favori.
J’ai un chaume, une lune au bord extrême du mot,
de la nourriture pour les oiseaux et un olivier immortel.
Je suis venu sur terre avant que les épées ne touchent un corps et en fassent un festin.
Je suis de là-bas.
Je rends le ciel à sa mère quand il pleure pour elle et moi je pleure pour que le nuage
me reconnaisse à son retour.
Pour rompre les règles j’ai appris tous les mots appropriés à la justice de sang.
J’ai tout appris de la langue, je l’ai démêlée pour former un seul mot: patrie.


Source : http//:www.rechtopterugkeer.be

Si nous le voulons

Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autres

Nous serons un peuple lorsque nous ne dirons pas une prière d’actions de grâce à la patrie sacrée chaque fois que le pauvre aura trouvé de quoi dîner.

Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan, sans être jugés.

Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire une description érotique du ventre de la danseuse.

Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que nous dit la tribu…, que l’individu s’attachera aux petits détails.

Nous serons un peuple lorsque l’écrivain regardera les étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée… et plus belle !

Nous serons un peuple lorsque la police des mœurs protégera la prostituée et la femme adultère contre les bastonnades dans les rues.

Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement.

Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autorisé à psalmodier un vers de la sourate du Rahmân dans un mariage mixte.

Nous serons un peuple lorsque nous respecterons la justesse et que nous respecterons l’erreur.


Traduction : Elias Sanbar
Source : Palestine. Rien ne nous manque ici.  Revue ah ! éditions cercle d’art.
Octobre 2008.

Passant parmi les paroles passagères

1.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Portez vos noms et partez
Retirez vos heures de notre temps, partez
Extorquez ce que vous voulez
Du bleu du ciel et du sable de la mémoire
Prenez les photos que vous voulez, pour savoir
Que vous ne saurez pas
Comment les pierres de notre terre
Bâtissent le toit du ciel

2.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Vous fournissez l’épée, nous fournissons le sang
Vous fournissez l’acier et le feu, nous fournissons la chair
Vous fournissez un autre char, nous fournissons les pierres
Vous fournissez la bombe lacrymogène, nous fournissons la pluie
Mais le ciel et l’air
Sont les mêmes pour vous et pour nous
Alors prenez votre lot de notre sang, et partez
Allez dîner, festoyer et danser, puis partez
A nous de garder les roses  des  martyrs
A nous de vivre comme  nous  le voulons

3.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
comme la poussière amère, passez où vous voulez
mais ne passez pas parmi nous comme les insectes volants
Nous avons à faire dans notre  terre
Nous avons à cultiver le blé
A l’abreuver de la rosée de nos corps
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici
Pierres et perdrix
Alors, portez le passé, si vous le voulez
Au marché des  antiquités
Et restituez le squelette à la huppe
Sur un plateau de porcelaine
Nous avons ce qui ne vous agrée pas
Nous avons l’avenir
Et nous avons à faire dans notre  pays

4.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Entassez vos illusions dans une fosse abandonnée, et partez
Rendez les aiguilles du temps à la légitimité du veau  d’or
Ou au battement musical du révolver
Nous avons ce qui ne vous agrée pas ici, partez
Nous avons ce qui n’est pas en vous :
Une patrie qui saigne, un peuple qui saigne
Une patrie utile à l’oubli et au souvenir

5.
Vous qui passez parmi les paroles passagères
Il est temps que vous partiez
Et que vous vous fixiez où bon vous semble
Mais ne vous fixez pas parmi nous
Il est temps que vous partiez
Que vous mouriez où bon vous semble
Mais ne mourez pas parmi nous
Nous avons à faire dans notre  terre
Ici, nous avons le passé
La voix inaugurale de la vie
Et nous y avons le présent, le présent et l’avenir
Nous y avons l’ ici-bas et l’au-delà
Alors, sortez de notre terre
De notre terre ferme, de notre mer
De notre blé, de notre sel, de notre blessure
De toute chose, sortez
Des souvenirs de la mémoire
O vous qui passez parmi les paroles passagères

Sur cette terre

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : l’hésitation d’avril,  l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Echyle, le commencement de l’amour, l’herbe sur une pierre, des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspire le souvenir aux conquérants.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : la fin de septembre, une femme qui sort de la quarantaine, mûre de tous ses abricots, l’heure de soleil en prison, des nuages qui imitent une volée de créatures, les acclamations d’un peuple pour ceux qui montent, souriants, vers leur mort et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans.

Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : sur cette terre, se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues. On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine. Ma Dame, je mérite la vie, car tu es ma Dame.

Mahmoud Darwich   1986


« La terre nous est étroite ». Traduction : Elias Sanbar

Mahmoud Darwich récite le poème accompagné par le Trio Joubran

Silence pour Gaza

Elle s’est ceinte d’explosifs et elle éclate ! Va-t-elle mourir ? S’est-elle suicidée ? Non, non. C’est la manière de Gaza d’annoncer son imprescriptible droit à la Vie.
   Voilà quatre ans que la chair de Gaza vole en éclats. Sorcellerie, magie ? Non, non. C’est l’arme avec laquelle Gaza s’acharne à défendre à l’usure son existence !
   Voilà quatre ans que l’ennemi, épaté dans ses rêves, béat dans sa passion d’amoureux, fait sa cour au temps… Seulement, à Gaza, impossible ! Elle lui est si peu apparentée, et elle colle à ses adversaires ! Elle est une île, cette Gaza ! A chaque explosion – et elles n’arrêtent pas- le visage d l’ennemi est lacéré, ses rêves se fissurent, et le voici inquiet du temps qui passe, car à Gaza le temps est un autre temps. Le temps de Gaza n’est pas neutre, il n’envoûte pas le monde de froide impassibilité, mais contre le réel il se heurte et il explose ! Le temps là-bas ne transporte  pas les enfants de l’enfance à la vieillesse, mais d’un bond, dès leur premier choc avec l’ennemi, il en fait des hommes.
   A Gaza, voyez-vous, le Temps n’est pas à la détente, mais à l’affrontement. En plein midi on y brûle. Car à Gaza les valeurs sont tout autres, tout autres, tout à fait autres que les nôtres. Au fait, la seule valeur de l’homme réduit par une conquête, n’est-elle pas sa force de résistance à l’occupation ? Or c’est à cela seul que l’on s’exerce, là-bas à Gaza !  Elle s’est accoutumée à cette seule et grande et dure valeur, point apprise dans des livres ou dans des cours accélérés ni aux trompettes et aux grosses caisses des propagandes ni au son des hymnes patriotiques ! Toute seule, par sa propre expérience et par son labeur,  pas pour la « montre », pas pour la parade ! Non, Gaza n’a pas de quoi se vanter de ses Armées, ou de sa Révolution, ou de son Budget. Elle n’a pas à exposer ses chaires puantes et volontairement elle répand son sang. Gaza, savez-vous, n’est pas douée pour les discours, son pharynx ne vaut rien, c’est par les pores de la peau qu’elle crie sang, et eau et feu !
   Aussi, l’ennemi la hait-il, tant et tant d’elle il a peut qu’il ira bien jusqu’au meurtre, jusqu’au crime par noyades sous la mer, et sous les sables e dans les baquets de sang !
   Aussi ses proches et ses amis l’aiment-ils, avec jalousie, avec effroi ! Car Gaza c’est la leçon sauvage, c’est l’étendard levé devant tous, indistinctement, ennemis ou amis !
   Elle n’est point, Gaza, la plus belle des cités…
   Elles ne sont point, ses plages, les plus riantes des plages arabes.
   Elles ne sont point meilleures, ses oranges, que toutes celles du Bassin méditerranéen.
   Elle n’est pas la plus cossue d’entre les villes, Gaza ! (Du poisson, des oranges, du sable, des tentes frémissantes sous le vent, des denrées de contrebande, et des bras, des bras à vendre à qui veut en acheter !).
   Elle n’est pas non plus la plus délicate ni la plus imposante, mais elle vaut le poids d’or de l’histoire d’une nation entière – parce que c’est elle la plus laide aux yeux  de l’ennemi, et la plus miséreuse, la plus loqueteuse, et la plus méchante ! Et parce qu’elle est parmi nous, celle qui a su troubler toute euphorie et toute quiétude ! et parce qu’elle est un cauchemar et que ses oranges sont piégées, ses enfants sans enfance, ses vieillards sans vieillissement, ses femmes sans plaisirs ! Telle est Gaza, la plus belle, la plus sereine, la plus cossue, la plus digne, parmi nous, d’être aimée à la folie !
   Comme nous serions méchants si nous cherchions chez elle des poèmes ! Gaza de grande beauté, ne la déparons pas, elle qui n’a point eu de poètes à l’heure où nous, nous croyions, fichtre, et avec quelle joie quand l’ennemi nous permettait de chanter contre lui comme des vainqueurs !…puis les poèmes ont séché sur nos babines tandis que sous nos yeux l’ennemi achevait de construire ses villes, ses fortifications, ses routes !…
   Comme nous serions méchants pour Gaza si nous en faisions une ville mythique ! Nous la haïrions trop quand nous la verrions, si petite ville et si pauvre ! (Et si résistante, non ?)
   Furieux contre toute la fabrique des mythes, nous briserions nos derniers miroirs dan un long gémissement monté de notre ultime réserve de fierté ! C’est alors elle que nous maudirions, refusant d nous révulser contre notre propre image !
   Comme nous serions méchants pour Gaza si nous la portions aux nues. Nous nous prendrions pour elle d’une passion et passionnément nous serions à l’attendre. Or Gaza ne viendra pas à nous… Gaza ne nous sauvera pas, elle n’a ni cavalerie, ni avions, ni baguette magique, ni bureaux dans les capitales. Elle se libère elle-même tout à la fois de nos beaux langages… et de ses conquérants. Et si, au coin d’un rêve, un instant nous la rencontrons, peut-être ne nous reconnait-elle pas, puisqu’elle est née du Feu, et nous d’Attente et de Pleurs.
   Pas d’énigme dans le secret de la résistance. Elle est populaire, voilà tout. (Ce qu’elle veut, c’est expulser l’ennemi hors de ses propres habits.) Et la résistance adhère à la population comme la peau aux os. Nul n’y est l’élève et l’autre le maître.
   La résistance ne s’est pas,  à Gaza, institutionnalisée !
   La résistance, à Gaza, n’a pas pris pignon sur rue.
   Elle n’est parrainée par personne, ni ne lie son destin à des listes de signatures ou des empreintes digitales.
   Que lui importent son nom, ses traits, sa voix ?  Elle ne se prend pas pour l’inévitable sujet des bulletins d’information. Elle n’est pas photogénique, elle ne se farde pas pour les photographes, elle n’a pas en travers de sa figure le sourire « Colgate ».
   Elle n’en veut pas. Nous non plus.
   Les plaies de Gaza ne serviront pas de chaires de prédication ! Sa beauté veut que nous parlions pas trop d’elle, que nous ne jetions pas dans la fumée de ses rêves l’encens d nos chansons de femmes !
   Donc, quelle mauvaise affaire pour nos courtiers et nos croupiers, mais quel trésor de l’esprit, quelle inestimable farce morale pour tous les Arabes !
   Et nos exclamations sur la splendeur de Gaza ne l’effleurent même pas, rien ne la distrait, rien ne détourne son poing de boxer l’ennemi en plein visage !
   Comment sera le gouvernement de l’Etat palestinien que, tout prochainement, nous établirons sur la côte orientale de … la planète Mars (aussitôt terminée son exploration !), comment on répartira les sièges du Conseil national palestinien,  rien de tout ça ne la préoccupe, mais de toutes ses forces elle s’arc-boute dans son refus. Affamée, elle refuse, dispersée, elle refuse, embarbelée,  elle refuse, mise à mort, elle refuse.
   Peut-être – une mer tumultueuse peut bien engloutir une ile minuscule – l’ennemi vaincra-t-il Gaza. Peut-être la décapiteront-ils de tous ses arbres…
   Peut-être sèmeront-ils de leurs roquettes les ventres des enfants et des femmes, à Gaza. Et peut-être l’asphyxieront-ils sous la mer et sous le sables et dans les baquets de sang !
   Pourtant :
   Jamais elle ne se gargarisera de mensonges.
   Ni ne dira aux conquérants : Oui !
   Ni ne cessera d’exploser.
   Va-t-elle mourir ?
    S’est-elle suicidée ? Non, non. C’est la manière de Gaza d’annoncer son imprescriptible droit à la vie…


Mahmoud Darwish parle dans ce poème de la résistance de la population de Gaza, dans les premières années de l’occupation (1967-1974).

Extrait de la « Chronique de la tristesse ordinaire », publié à Beyrouth en 1974.
Les éditions du Cerf, 2009.