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Les oiseaux dans le ciel de Gaza

Il n’y a pas d’oiseaux dans le ciel de Gaza, aucun vent ne porte les plumes de leurs ailes, aucune brise n’apporte la senteur des saisons. Les saisons : portes de sang à l’infini. A Gaza, l’air est lourd / triste / pollué / occupé. Les gens ne considèrent plus les corbeaux et les hiboux comme les oiseaux de malheur, les corbeaux noirs ont abandonné les cimes des cyprès et ont cessé de croasser, les hiboux ne trouvent plus dans les arbres assez d’obscurité pour s’y réfugier pendant le jour, les ailes des chauves-souris se sont déchirées à cause des débris d’explosions. A toute heure, les avions bourdonnent dan l’espace, filment ce qui se passe sur le sol, enregistrent les mouvements des gens, même dans leurs chambres à coucher, sur les pauvres tables des déjeuners. A Gaza, la situation annonce une nudité forcée, sans honte ni scandale, sinon celle des Israéliens, à chaque instant, tous les jours, il n’y a de présence que pour les hurlements des Apache, des F16 et des Cobra, s’il y a lieu.

Dans les airs, la mort guette les gens, les bêtes, les oiseaux, les maisons, l’asphalte des rues qui ne sont plus goudronnées. Le gibier c’est un enfant / un homme / une femme / une ruelle qui dort sur sa faim, ses blessures et ses morts. L’assassinat à Gaza est devenu un rite quotidiennement renouvelé qui dispensons son éclat, l’assassiné / le martyr ferme ses paupières dans un repos éternel sans se demander si ses membres se sont dispersés ou ont éclaté.

La situation à Gaza c’est le siège.

La situation c’est la mort et les questions à propos d’une patrie.

La situation à Gaza c’est la recherche d’une fleur dans les méandres des cauchemars, un archet et un rebab (*) qui laissent fuser un air fissuré sur une corde cassée / fixée.

Gharib Asqalani


Texte traduit de l’arabe par Rania Samara.

Source : « Palestine. Rien ne nous manque ici. »
Revue ah ! éditions cercle d’art. Octobre 2008

Gharib Asqalani est le pseudonyme d’Ibrahim al-Zant, rappelle le village de Majdal Asqalan, où est né l’écrivain en 1947. Sa famille a dû immigrer à Gaza en 1948. Il a achevé ses études d’agronomie à l’université d’Alexandrie en 1969. Par la suite, les autorités israéliennes lui ayant interdit de travailler comme ingénieur agronome à Gaza, il est devenu instituteur des écoles secondaires pendant 20 ans. Aujourd’hui (texte rédigé en octobre 2008), il travaille au ministère de la Culture dans la ville de Gaza. En 1977, il a reçu le prix de la Nouvelle de l’université de Bethléem, et en 1990 celui de l’Union des écrivains palestiniens. En 1997, il a fait partie de la sélection des Belles Etrangères – Palestine en France

(*) le rebab est un instrument de musique à cordes frottées