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Café à Ramallah

Je n’ai pas de nom ;
Un serpent moucheté l’a avalé
Une nuit d’été

Je n’ai pas de voix ;
Elle s’est gâtée par une longue solitude
Et par la rareté des paroles.

Je n’ai pas d’amis ;
Ils ont plongé dans la blancheur de l’absence
Sans leurs manteaux et leurs pulls en laine.

Je n’ai pas la chance ;
Mon horoscope pèse
Sur moi

Je n’ai pas de mémoire ;
Je l’ai perdue
D’un coup de soleil.

Je n’ai pas de patrie ;
Un vieux général l’a avalée
Et les imprimeries ont rayé son nom de la carte.

Mon nom,
Ma voix,
Mes amis lointains,
Ma mémoire et mes miroirs
Lavés par l’ombre
Et par des images spectrales

Je peux tous les reprendre
Si je termine ce poème et quitte
Ce café maintenant ;
Avant la reprise des bombardements.

Bashir Shalash


Source : « Le poème palestinien contemporain » – Editions Le Taillis Pré, 2008.

Né en 1978 en Galilée, Bashir Shalash  a étudié la litérature arabe et la philosophie à l’Université Hébraïque (Jérusalem), et les sciences politiques et le journalisme à Berlin. Il a publié deux recueils poétiques : «La moisson de la tempête » (2003) qui a remporté le prix poétique arabe « Al-Qattan » en 2002, et « Meme si les statues sont aveugles » (2007), et un choix de poèmes dans l’anthologie poétique palestinienne  » Les invités permanents du feu »  (1999).